Le thé vert face au cancer : mythes et réalités
Deuxième boisson la plus consommée au monde, 7,3 millions de tonnes de feuilles de thé produites par an en 2025, le thé est au cœur de nos tasses. Une tasse qui fait parler pour ses vertus bien-être au point que certains instituts comme la Fondation Contre le Cancer a rédigé une fiche sur le thé vert comme complément alimentaire en cas de cancer. Qu'est-ce qui fait que l'on s'intéresse autant au thé vert pour le cancer ?
C’est quoi un cancer ?
On peut comparer le corps humain à une maison. Les organes en sont les différentes pièces et les cellules, les éléments qui les composent.
Le cancer est lié à un dérèglement des cellules. Celui-ci peut provenir d’erreurs survenues spontanément lors de leur multiplication, être favorisé par l’environnement ou, plus rarement, être lié à des anomalies héritées. Les cellules possèdent normalement des systèmes de sécurité capables de réparer ces erreurs ou d’éliminer les cellules trop endommagées.
Lorsque ces systèmes ne fonctionnent plus correctement, certaines cellules peuvent se multiplier de façon incontrôlée et former un amas : une tumeur. Mais toutes les tumeurs ne sont pas des cancers. Une tumeur bénigne reste localisée, tandis qu’une tumeur maligne peut envahir les tissus voisins : c’est un cancer. Certains cancers, comme les leucémies, ne forment toutefois pas de tumeur solide.
Tout comme un appareil électroménager a besoin d’électricité, les cellules ont besoin d’oxygène et de nutriments apportés par le sang. Lorsqu’une tumeur grossit, cet approvisionnement peut devenir insuffisant et certaines cellules peuvent mourir.
Et que font les cellules cancéreuses pour contrer cela ?
Elles peuvent envoyer des signaux qui incitent de nouveaux vaisseaux sanguins à se développer vers la tumeur : c’est l’angiogenèse. Elles peuvent également modifier leur environnement et détourner le comportement de cellules saines à leur avantage.
Enfin, certaines cellules cancéreuses peuvent se détacher de la tumeur et atteindre d’autres organes, notamment en passant par le sang. Lorsqu’elles s’y installent et forment une nouvelle tumeur, on parle de métastase.
Ce que l’on sait du thé vert contre le cancer
Le thé vert n’est pas le seul aliment à contenir des antioxydants. Il possède cependant une grande quantité de catéchines, des molécules que les chercheurs peuvent isoler, mesurer et tester. La plus étudiée porte le nom d’EGCG.
Le terme « antioxydant » a largement contribué à la réputation du thé vert. Lorsque nos cellules fonctionnent, elles produisent des molécules très réactives (ROS) qui peuvent, lorsqu’elles sont trop nombreuses, endommager leur ADN. Les antioxydants sont capables d’en neutraliser une partie.
En laboratoire, l’EGCG peut freiner la multiplication des cellules cancéreuses, provoquer leur mort et limiter la formation des vaisseaux sanguins qui alimentent la tumeur. Son action dépend de son environnement : elle peut neutraliser certaines molécules oxydantes. Elles peuvent aussi s’auto-oxyder et endommager les cellules cancéreuses.
Des résultats expérimentaux intéressants
Lorsqu’elle est déposée directement sur des cellules cancéreuses, l’EGCG peut ralentir leur multiplication et provoquer leur mort. Elle a également freiné la croissance de certaines tumeurs chez la souris.
Une expérience publiée en 2010 permet de mesurer l’écart avec une consommation réelle. Il fallait environ 20 micromoles d’EGCG par litre pour réduire de moitié le nombre de cellules cancéreuses pulmonaires cultivées en laboratoire. Après deux ou trois tasses de thé vert, la concentration maximale mesurée dans le sang humain se situe autour de 0,6 micromole par litre, soit plus de trente fois moins que la concentration laboratoire.
Les buveurs de thé ont-ils moins de cancers ?
Pour répondre à cette question, des chercheurs suivent un grand nombre de personnes et comparent les consommateurs de thé aux autres participants.
Une publication de 2025, réunissant 43 études, rapporte un risque de cancer inférieur d’environ 9 % avec le thé vert et de 28 % avec l’EGCG. Ces chiffres semblent encourageants, mais la plupart des études comparaient des personnes qui consommaient déjà du thé à celles qui en buvaient peu ou pas. Comme leur alimentation, leur consommation de tabac ou leur activité physique pouvaient aussi différer, il est difficile de connaître la part réellement attribuable au thé.
Une analyse plus large, publiée en 2021 à partir de 113 études portant sur 26 types de cancers, n’avait d’ailleurs retrouvé presque aucun effet protecteur régulier. Chez l’être humain, les résultats restent donc trop contradictoires pour affirmer que le thé vert prévient le cancer.
Que teste-t-on réellement chez des patients ?
Le passage aux patients commence par une question très concrète : que leur faire prendre ? Dans un premier essai, des hommes atteints d’un cancer de la prostate ont bu six tasses de thé par jour avant leur opération. Les molécules du thé ont atteint la prostate, mais sans effet clair sur la multiplication des cellules tumorales.
Pour maîtriser précisément la dose, les chercheurs ont alors utilisé des gélules d’extraits standardisés, comme Polyphenon E. Chez 97 hommes présentant un risque élevé de cancer de la prostate, un cancer est apparu chez 5 hommes sur 49 avec l’extrait, contre 9 sur 48 avec le placebo. L’écart est encourageant, mais l’étude reste trop petite pour confirmer un effet préventif.
Les résultats sont moins convaincants face à un cancer déjà avancé. Sur 42 hommes ayant reçu une préparation concentrée de thé vert, un seul a présenté une amélioration, limitée à deux mois.
Les recherches actuelles se concentrent donc plutôt sur des cancers de la prostate qui évoluent lentement. Deux essais comparent des gélules de catéchines à un placebo afin de déterminer si elles peuvent retarder la progression de la maladie. Leurs résultats ne sont pas encore disponibles.
À ce stade, le produit testé ressemble davantage à un candidat médicament qu’à une tasse de thé. Cette concentration change aussi les risques : les extraits peuvent provoquer de rares atteintes du foie et interagir avec certains médicaments. Pendant un traitement contre le cancer, leur utilisation doit être discutée avec l’équipe soignante.
Références
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